NOTICE SUR LA COMMUNE DE MIGRE (CANTON DE LOULAY) par Baril et Vinet – Mai 1865

Cette notice est disponible aux Archives Départementales. Le texte a été laissé tel qu'il a été écrit par les auteurs et ceci bien qu'il puisse présenter des imperfections. Compte tenu de l'époque à laquelle il a été rédigé accordons lui au moins le mérite d'exister.

Les auteurs : il pourrait s'agir d'Auguste Baril, instituteur et d'Adolphe Vinet qui furent élus conseillers municipaux en 1888. Adolphe Vinet fut même adjoint au maire de 1894 à 1896. A moins qu'il ne s'agisse de Louis Vinet qui fut également conseiller municipal.

Ledit Auguste Baril fait la déclaration de décès de mon trisaieul François Martineau en 1874 dont il est l'ami. Auguste Baril est dit agé de 43 ans, donc il serait né vers 1831. Son épouse née Lemarié est également institutrice. Or c'est un Lemarié, typographe, qui s'est chargé de la mise en page de la présente notice.

I. H I S T O I R E

1. ETYMOLOGIE

2. STATISTIQUES Superficie Population

3. GEOGRAPHIE Situation géographique Limites Villages et hameaux Chemins Ruisseaux

4. INDUSTRIE – COMMERCE Cultures Moulins Distilleries Professions diverses 

5. MONUMENTS Le château Eglise Presbytère Maison d'école Ponts La Fourche La Ferrière Les Tanières La maison des protestants 

6. BIOGRAPHIE Seigneurs de Migré Seigneurs de la Ferrière Seigneurs de la Tanière

Curés Maires Instituteurs Institutrices Notaires Chirurgiens Percepteurs

7. MŒURS ET COUTUMES Vêtements Mariages Baptêmes Frairie

8. SUPERSTITIONS – PREJUGES Autres préjugés Dictons populaires D'autres disent

II. S C I E N C E S

 

NOTICE

SUR

LA COMMUNE DE MIGRE

(CANTON DE LOULAY)

_____________________

I. HISTOIRE

 

1. ETYMOLOGIE

Etymologie

Migré a été un vicus gaulois dont le nom, dérivé de Migy, signifiait territoire de Mercure (1). Les Romains s’y établirent ensuite, et l’on y voit encore des débris qui attestent leur passage. Une piscine romaine, avec pièces romaines, a été découverte au lieu dit la Grand-Leigne (2). Des briques et des fragments de mosaïque ont aussi été découverts au Moulin de la Tanière (3).

  1. LESSON, Marches de la Saintonge
  2. Section D, n°1
  3. Section, n°11

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2. STATISTIQUES

  • Superficie
  • La superficie de son territoire est de 1427 hectares 79 ares, divisés comme suit, en :

    Terres labourables

    873

    Hectares

    49

    Ares

    Vignes

    224

    Hectares

    80

    Ares

    Prés

    113

    Hectares

    43

    Ares

    Bois (essence chêne)

    161

    Hectares

    50

    Ares

    Jardins

    9

    Hectares

    72

    Ares

    Terrains bâtis

    11

    Hectares

    19

    Ares

    Terres vaines

    2

    Hectares

    1

    Are

    Total

    1396

    Hectares

    14

    Ares

    Terrains non imposables, tels que cimetière, église, presbytère, etc.…

    0

    Hectare

    55

    Ares

    Chemins et ruisseaux

    31

    Hectares

    10

    Ares

    Total général

    1427

    Hectares

    79

    Ares

     

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  • Population
  • Sa population est de 746 habitants, composée comme suit en 202 ménages :

    Garçons

    174

    Filles

    159

    Hommes mariés

    184

    Femmes mariées

    184

    Veufs

    15

    Veuves

    30

    Total sexe masculin

    373 

    Total sexe féminin

    373 

    La population tout entière professe la religion catholique romaine.

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    3. GEOGRAPHIE

    Situation géographique

    Migré est situé à 5 kilomètres nord-ouest de Loulay, son chef-lieu de canton ; à 16 kilomètres environ nord de Saint-Jean-d’Angély, et 48 kilomètres environ est de La Rochelle.

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    Limites

    Cette commune est bornée au nord par celle de Doeuil, à l’est par celles de Villeneuve-la-Comtesse, de Vergné et de Lozay, au sud par celle de Courant, et à l’ouest par celles de Saint Martin de la Coudre et de Saint Félix.

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    Villages et hameaux

    Outre le chef-lieu, qui a une population de 281 habitants, 13 villages ou hameaux sont compris dans la circonscription administrative de cette commune, savoir :

    La Flamancherie

    129

    habitants
    La Grande-Tanière

    99

    habitants
    La Petite-Tanière

    52

    habitants
    La Cavatrie

    75

    habitants
    Les Chaumes

    35

    habitants
    La Pouillère

    16

    habitants
    La Ferrière

    10

    habitants
    La Fourche

    12

    habitants
    La Dorlière

    8

    habitants
    Le Moulin-de-Migré

    6

    habitants
    Le Moulin-de-Sautreau

    7

    habitants
    Le Moulin-des-Tanières

    5

    habitants
    Thouars

    11

    habitants
    Population éparse

    465

    habitants
    Population agglomérée

    281

    habitants
    Population totale

    746

    habitants

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    Chemins

    Cette commune possède 15282 mètres de chemins vicinaux, 47654 mètres de chemins ruraux. Ces chemins sont généralement en mauvais état. L’humidité du sol sur une grande partie de son territoire et la mauvaise qualité des matériaux que l’on emploie en rendent l’entretien difficile.

    Elle est traversée en outre, de l’est à l’ouest, par le chemin de grande communication N° 2 d’Aulnay à Surgères, sur une longueur de 4290 mètres.

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    Ruisseaux

    Le ruisseau de la Pierre, qui coule de l’est à l’ouest, et qui prend sa source sur le territoire de la commune de Loulay, est à sec pendant l’été.

    Le ruisseau dit le Bief est souvent confondu avec le précédent parce que, pendant l’hiver, ils ne paraissent former qu’un seul et même cours d’eau. Mais pendant l’été, la source du ruisseau la Pierre tarit tandis que celle du Bief, qui se trouve dans le lit même du ruisseau, un peu au-dessous du lieu dit le Gravaillon, ne tarit jamais, même pendant les années de grande sécheresse. En aval du Moulin-de-Sautreau, il prend le nom de Tournay ou Trézence et va se jeter dans la Boutonne, an amont du château de Luret.

    Le Riveau, qui coule du nord au Midi, prend sa source entre le village de la Cavatrie et Migré, et, comme le ruisseau de la Pierre, il est à sec pendant l’été. Il traverse le Bourg et se jette dans le Bief, près du château de Migré.

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    4. INDUSTRIE - COMMERCE

    Cultures

    Le sol, argilo-calcaire, est généralement bien cultivé et couvert de petites collines peu élevées, dont la plupart, surtout au nord, sont couvertes de vignes qui produisent d’excellents vins.

    Une partie des vins rouges est consommée sur place, l'autre partie est livrée au commerce. Les vins blancs sont généralement convertis en eau de vie ; leur rendement varie beaucoup. Pour faire 1 hl d'eau-de-vie de 60 à 65° de Gay-Lussac, on emploie de 6 à 8 hl de vin, selon la qualité.

    On cultive généralement la vigne à bras ; on emploie rarement la charrue.

    Les principaux cépages sont : le Balzac, le dégoûtant, le blanc du pays et, le blanc d’Aunis et quelques espèces de folle.

    On plante la vigne de bouture du commencement d'avril à la fin de mai, et en quinconce, rarement autrement, sur un mètre à un mètre vingt cm en tous sens, dans des trous de 30 cm environ de profondeur, fait avec des barres de fer fabriqué pour cet usage.

    La récolte des céréales dépasse généralement la consommation locale. Ses principaux produits sont : le froment, l'orge, l’avoine et le maïs. La pomme de terre est aussi beaucoup cultivée.

    On cultive en outre, la navette, le colza, le chanvre et le lin, mais en petite quantité ; et comme prairies artificielles, dans les meilleures terres, le sainfoin, la luzerne et le trèfle.

    L’assolement quinquennal est le plus en usage :

    Première année Pommes de terre
    Deuxième année Froment avec fumure
    Troisième année Froment avec fumure de tourteau à l'huile
    Quatrième année Avoine
    Cinquième année Jachère

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    Moulins

    Deux moulins, le moulin de Migré et le moulin de Sautreau, employés à la mouture des grains, sont situés sur le bief : de plus, le propriétaire du moulin de Migré possède un moulin à vent qui remplace son moulin à eau quand celui-ci manque d'eau pendant l'été.

    Le moulin de la Tanière n’existe plus. C'était un moulin à vent ; il a été démoli il y a quelques années. Il a donné son nom à un hameau, et avait été, suivant la chronique villageoise, bâti par les Anglais, sous Louis XIII.

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    Distilleries

    Vingt-deux distilleries à eau-de-vie de vin sont établies dans la commune. 14 appartiennent à des propriétaires qui s'en servent pour la distillation des vins provenant de leur récolte ; 6 appartiennent à des propriétaires patentés fabricants d'eau-de-vie ; les deux autres appartiennent à des propriétaires ayant une licence, et sont louées à des propriétaires qui, ne possédant pas de distillerie, veulent convertir leur récolte de vins en eau-de-vie.

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    Professions diverses

    Quoique la population soit essentiellement agricole, diverses professions sont néanmoins exercées.

    On compte au chef-lieu : 1 Boulanger ; 2 forgerons ; 2 maçons entrepreneurs ; 1 cordonnier ; 4 menuisiers ; 3 tonneliers ; 1maître scieur de long ; 1 tailleur d’habits ; 2 cafetiers ; 3 marchands épiciers ; 1 poissonnier ; 1 crocheteur ; 1 débitant de tabac, et 4 tisserands.

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    5. MONUMENTS

  • Le château

    Migré possède un ancien château bâti sur pilotis et entouré d’eaux vives, mais qui a perdu son cachet primitif.

    Il appartint successivement aux maisons de Surgères, de Clermont, de Brémont, et passa à celle d'Abzac par le mariage de la sœur du marquis de Migré avec Jacques d’Abzac, marquis de Mayac.

    Ce château appartient aujourd'hui à Madame veuve Poineau. En 1794, il fut vendu, avec quelques-unes de ses dépendances, comme propriété nationale à la famille Doignon.

    La ferme de la Dorlière, qui dépendait de la seigneurie de Migré, a été aussi vendue, comme propriété nationale, vers 1794, à Monsieur Marchesseau. Elle appartient maintenant à son petit-fils, Monsieur Ferdinand Marchesseau, actuellement notaire à Marans.

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  • Eglise

    L’église est de style gothique. Sa construction paraît remonter au XIIème siècle. Sa longueur et de 29 mètres, et sa largeur de 8 mètres. On n'y voit aucune sculpture.

    Elle avait autrefois une chapelle latérale du côté du nord ; les colonnes et les restes de voûte qu’on y remarque l'attestent. Du reste, on trouve dans les registres des notes sur des inhumations qui ont été faites dans la chapelle de l'église. On trouve aussi une note indiquant que le curé de Migré reçut, en 1655, par ordre de monseigneur de Saintes, une pierre consacrée pour le grand autel.

    En 1859, l’église fut réparée d'après les plans et devis dressés par Monsieur Viaud, alors agent voyer à Saint-Jean-d'Angély. Le montant de la dépense s'éleva à la somme de 8.000 francs environ. Les travaux furent adjugés à Monsieur Poudreau, entrepreneur à Migré, avec un rabais de 1% sur le montant du devis. Une partie de la dépense fut supportée par la commune de Migré, et l’autre partie par la commune de Vergné, son annexe.

    En 1862, le 23 septembre, vers les 7 heures du matin, au moment où Monsieur le curé disait ses prières dans l’église, la foudre tomba sur le clocher, qui fut presque entièrement démoli, pénétra dans l'église, en souleva les pavés, renversa et brisa le confessionnal, et lézarda les murs. Monsieur le curé, heureusement, ne fût pas atteint. L'Etat accorda un secours de 1.200 francs pour les travaux de réparations.

    Le clocher actuel, de forme carrée, à flèche octogonale, a été élevé sur des murs renfermant un escalier en pierre qui conduisait à l’ancien clocher, celui-ci était formé d'un mur, se terminant en flèche au-dessus la toiture, il traversait l'église vers le milieu de sa longueur et était supporté par une arcade en tiers-point.

    Le5 mai 1787, l’évêque de Saintes, Pierre-Louis de la Rochefoucault, a visité l’église et donné la confirmation à 365 habitants.

    Le patron de l'église et saint Benoît, abbé.

    Fabrique paroissiale

    Revenus.

    Bancs 260 francs

    Chaises 25 francs

    Produit des quêtes 25 francs

    Enterrements 25 francs

    Baptêmes 25 francs

    Herbes au cimetière et d'un autre terrain 10 francs

    Total 345 francs

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  • Presbytère

    Le presbytère, placé au couchant de l'église et touchant à celle-ci, se composait, avant 1689, d'une seule pièce au rez-de-chaussée. En 1689, on construisit à côté de la première pièce, du côté du couchant, 2 autres pièces également au rez-de-chaussée.

    En 1758, une maison et ses dépendances, située vers le milieu du jardin actuel du presbytère, fut réunie à la cure moyennant trois messes, tous les ans, pour le repos des âmes des Martin et de tous leurs parents et amis, trépassés, vivants, venus et à venir, savoir : la première à chaque fête de la saint Blaise, la deuxième chaque vendredi d’avant la Mi-Carême, et la troisième chaque vendredi d’avant la Pentecôte. Cette maison fut démolie et transportée près de l'ancienne maison presbytérale, à cause qu'elle était au milieu des jardins et sur le point de tomber en ruines, c'est la partie qui touche l’église. Vers 1840, une autre pièce fut construite à la place d'un hangar qui occupait l'espace compris entre la pièce qui touche à l’église et la pièce la plus ancienne.

    Le presbytère a sa façade principale au nord et donnant sur le jardin. Le rez-de-chaussée est en contrebas du sol extérieur, et par suite, très humide et mal aéré : de plus, une partie est sur le point de tomber en ruines.

    Le conseil municipal par sa délibération en date du 3 novembre 1862, a reconnu l’urgence de la reconstruction du presbytère ; mais ce projet de reconstruction n'aurait pas pu de longtemps être mis à exécution, à cause des charges qui pèsent actuellement sur la commune, si Monsieur Mestadier, curé de Migré, n’eût voulu se charger de faire reconstruire le presbytère à ses frais et sur un plan agréé par l'autorité municipale, moyennant une somme de 400 francs qui lui sera payée pendant dix ans, à titre de bail à loyer ou d’indemnité de logement, à savoir : 300 francs par la commune, et 100 francs par la fabrique (1). Les annuités ont commencé à courir du 1er janvier 1865, et se termineront en 1875, après quoi, le presbytère sera la propriété de la commune (2). Les travaux sont déjà commencés, et dans peu, le presbytère sera une habitation très agréable.

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  • Maison d'école

    Migré ne possède pas encore de maison d'école, mais il existe un projet d'acquisition. Le montant de la dépense, acquisition et appropriation, s’élève, d'après les plan et devis dressés par Monsieur Bonnet, architecte à Saint-Jean-d'Angély, à la somme de 14.853 francs environ. Ce total, quoique très convenable, a paru à son excellence Monsieur le ministre de l'instruction publique insuffisant pour l’établissement de deux écoles. Ce projet a été renvoyé. Un autre projet, dont le montant de la dépense s’élève à 13.966 francs vient d'être adressé à Monsieur le préfet.

    C'est dans ce local et que les deux écoles sont établies. Le prix de location et de 400 francs par an.

    Ce logement se compose de cinq pièces, au rez-de-chaussée, toutes planchéiées, bien aérées, ouvrant au midi sur une cour avec claire-voie ; deux de ces pièces servent de classes, les trois autres et deux chambres au premier servent de logement à l'instituteur et à l'institutrice ; grenier sur le tout. Au nord, un vaste chai, un hangar, une buanderie et fournil, et un vaste jardin, le tout clos par des murs.

    Une pièce sera construite au couchant du local pour servir de classe aux garçons.

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  • Ponts

    Le pont du Pouillet, sur le ruisseau de ce nom, vers le milieu du bourg, composé d'une seule arcade à cintre surbaissé, a été construit, en 1861, par Monsieur Guillet, entrepreneur à Migré ; le montant de la dépense s'est élevé à la somme de 1.200 francs environ.

    Le pont de Riveau, au nord du bourg, composé d'une seule arcade à cintre surbaissé, a été construit en 1863, par voie de souscription et prestation volontaire de la part des habitants du bourg de Migré.

    Le pont du moulin de Migré, composé d'une seule arcade en plein cintre, a été construit en 1848, par Monsieur Poudreau. Un autre pont sera construit, en 1866, au village de la Flamancherie, sur le ruisseau de Tournay.

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  • La Fourche

    La Fourche est un ancien couvent de moines. Le couvent et ses dépendances, qui forment une propriété de 50 hectares environ, appartenant à Monsieur Lucien Debourdeau a été vendu comme propriété nationale vers 1794. On ignore à quel ordre religieux ce couvent appartenait.

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  • La Ferrière

    Seigneurie qui appartint à la maison de Chastenet jusqu'en 1782, époque à laquelle elle passa à messire Jean-François Viénot de Vaublanc, par son mariage avec Madeleine de Chastenet.

    Aujourd'hui, la Ferrière appartient Monsieur Guérin de la Guiberderie.

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  • Les Tanières

    Seigneurie, possédée, primitivement par de Fousson, en 1569 par Des Nos (1) ; en 1662 par Monsieur de Tesson ; entre 1752 par Jean-Baptiste Gaspard de la Perrière ; elle a appartenu à cette famille jusqu’en 1793, et a été vendue comme propriété nationale.

    L'ancien logis des Tanières est dans un état de délabrement complet. Il y a plusieurs années qu’il n'est plus habité.

    Des différends s’étant élevés entre Monsieur de Tesson, seigneur des Tanières, et le curé de Migré, relativement aux dîmes à prélever par le dit curé sur les fiefs de la seigneurie des Tanières, l'évêque de Saintes, monseigneur de Bassompierre (2), rendit à ce sujet, en 1662, le jugement dont la copie suit (3) :

    "Après avoir entendu Monsieur de Tesson par Monsieur du Pas, son advocat, et Monsieur le Curé de Migré par Monsieur Bechet, choisy par luy, sur leurs différents touchant la dixme et la manière de la percevoir dans la seigneurie de la Tanière, j'estime que le sieur curé la doit lever au dix-huitain, selon sa possession et avant le droit de terrage, et comptant dans tous les fiefs de la dite seigneurie, mesme sur ceux nommés le Propre et le Grand-Fief de la Tanière, et celluy de la Barnée, si ce n'est que le dit sieur de Tesson puisse justifier par les anciens adcors et le dénombrement randus aux seigneurs de la Tanière ou par quelques contracts ou tittres en bonne forme, que la dixme du Grand-Fief de la Tanière et la Barnée a esté estchangée avec les curés de Migré pour d'autres droits dont ils jouissent, et ce, du consentement de l'Evesque de Saintes de ce temps là, ou bien que la moitié du dixme que le seigneur de Migré lève dans les dits Grand-Fief de la Tanière et de la Barnée était la dixme qui lui a estée aliénée par les curés du dit Migré, lorsque les papes ont permis l'aliénation des biens ecclésiastiques pour subvenir aux rois dans les besoins de leurs Estats, ce que le dit sieur de Tesson prouvera dans trois semaines et avant la récolte de cette année, à faute de quoy le dit sieur curé lèvera la dixme sur les dits deux fiefs de la Barnée et celuy nommé le Grand-Fief de la Tanière, comme sur celluy dit le Propre et autres de la dite seigneurie de la Tanière au dix huitain.

    Fait à Xaintes, le deuxième juin mil six cent soixante-deux. "

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  • La maison des protestants

    On remarque, au levant de Migré (1), les vestiges d'une ancienne construction d'architecture gothique qui paraît remonter au XIIème siècle. Ce sont les restes d'un ancien couvent, autant qu’on peut en juger par les restes d'une ancienne chapelle et de la disposition des fenêtres qui se trouvent dans les murs qui ont été conservés du corps principal de l'édifice. Ce monument aura été sans doute ruiné pendant les guerres de religion, car on rapporte qu'il était habité par des protestants qui avaient leur cimetière à 100 mètres environ de cette habitation, au nord. Ce terrain appelé, l’Ouche-à-Buffeteau (1) et aujourd'hui cultivé, a été en effet un cimetière, c'était sans doute celui du couvent, et il a pu servir protestants.

    La dénomination de l’Ouche-à-Buffeteau, donnée aujourd'hui à ce terrain, peut venir de ce que depuis fort longtemps les Buffeteau ont été sacristains ou fossoyeurs, de père en fils. On nomme encore quelquefois le cimetière actuel l’Ouche-à-Buffeteau. C'est encore un Buffeteau qui est sacristain et fossoyeur.

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  •  
  • 6. BIOGRAPHIE

  • Seigneurs de Migré

    La seigneurie de Migré était possédée, en 1298, par Guy Maingot de Surgères, sire de la Focelière.

    De 1390 à 1422, par Gavelsime de Clermont, sire de Surgères et de Dampierre sur Boutonne, et Isabeau de Surgères de la Focelière, sa femme.

    En 1450, par Marie de Clermont, dame de Parançay, et son mari, Guillaume de Cousdun (2).

    En 1544, par le seigneur Polignac.

    Possédée ensuite par la maison de Brémont.

    Josias de Brémont d’Ars, seigneur et baron d’Ars, des Chateliers, de Dompierre-sur-Charente, de Migré et Gimeux, de 1561 à 1651.

    Jean-Louis de Brémont, chevalier, seigneur d’Ars, de la Garde, de Merpins, de Migré-le-Bouchet, de Dompierre-sur-Charente, d’Orlac, de Rochecase, etc., fils du précédent.

    Josias II de Brémont d’Ars, marquis de Migré, né le 20 septembre 1632, au château d’Orlac en Saintonge, fils du précédent et de l’héroïque Marie Guillemotte de Verdelin.

    Le marquis de Migré mourut fort jeune, et sa mort mérite d’être rapportée :

    "  Suivant l’exemple de ses pères, il avait embrassé la profession des armes et s’était rangé à la cause royale. Il était enseigne dans le régiment de Montausier et combattait dans le Périgord, lorsque, le 15 juin 1652, à l’attaque du bourg de Montenceys, les royalistes furent enveloppés par les frondeurs, bien supérieurs en nombre. La mêlée fut sanglante, et les troupes du roi contraintes de céder. Migré est tout à coup séparé des siens et bientôt environné d’ennemis nombreux qui s’efforcent de lui arracher le drapeau qu’il défend si vaillamment. Il se bat à outrance, mais voyant qu’il allait succomber, le jeune héros s’enveloppe dans les plis de son étendard et tombe percé de dix-sept coups d’épée. Ce jeune guerrier n’était âgé que de 19 ans, et il emportait dans la tombe l’honneur d’être mort sans avoir lâché le drapeau confié à sa bravoure toute française." (Rainguet, bibliographie Saintongeaise).

    Jacques d’Abzac de Mayac (2), chevalier seigneur de Mayac, de Limeyrac, de Villautrange, d’abord page du roi dans sa petite écurie, puis maréchal des camps et des armées du roi, et premier chambellan de Gaston, duc d’Orléans, épousa en troisièmes noces, par contrat passé au château d'Ars, le 8 juin 1654 , demoiselle Louise de Brémont d’Ars (1) fille de Jean-Louis de Brémont et de Marie Guillemotte de Verdelin et sœur de Josias II de Brémont, laquelle lui apporta en mariage la terre de Migré.

    De ce mariage naquit, entre autres enfants :

    Henri d’Abzac (2), marquis de Mayac, baron de Rouffiac, seigneur de Mayac, de Migré, de Villautrange, de Limeyrac, de Monplaisir, de Pommiers, et capitaine de chevau-légers, puis de carabiniers dans la première brigade ; blessé d’un éclat de bombe à la tête, au combat de Steinkerque ; marié le 15 novembre 1694, avec Marie Benoîte de Saunier de Monplaisir et de Pommiers, fille unique de François de Saunier, seigneur de Monplaisir et de Pommiers, et en partie de Condat, et d’Adrienne de Lannes, dame de Pommiers.

    De ce mariage naquit, entre autres enfants :

    François d’Abzac de Mayac (3) IIIème du nom, seigneur de Mayac, de Pommiers, marquis de Migré ; servit dans les mousquetaires du roi. Il avait épousé, le 10 juin 1727, demoiselle Marie d’Aydie, fille de haut et puissant seigneur messire Armand, vicomte d’Aydie, seigneur baron de Vaugaubert de la Barde, de Quinsac, et de dame Marie de Beaupoil de Saint-Aulaire.

    De ce mariage naquit, entre autres enfants :

    Antoine-Armand-Félix d’Abzac de Mayac (4), chevalier, seigneur marquis de Mayac, de Migré, de Noyon, de Brau, et capitaine au régiment de Penthièvre (cavalerie), chevalier de Saint-Louis. Il avait épousé, le 23 novembre 1746, haute et puissante demoiselle Louise-Madeleine de Gébert de Noyon, fille de très haut et très puissant seigneur messire André-Gabriel de Gébert, comte de Noyon, lieutenant des maréchaux de France, en la province de Touraine, et très haute et très puissante dame Catherine-Louise Souart.

    De ce mariage, dont le contrat fut passé en présence et du consentement de S.A.S. Madame de Bourbon, princesse du sang, abbesse de Beaumont-les-Tours.

    Sont issus un fils et une fille.

    Le fils fut :

    Antoine-Louis marquis de Mayac et de Migré, seigneur de Pommiers, etc., major du régiment de la reine (cavalerie), né le 22 septembre 1747. Emigré en 1791, il servit dans l'armée des princes jusqu'à sa mort, arrivée à Bruschsal, principauté de Spire, en Allemagne, le 12 février 1795 (1). Il avait épousé, le 9 juin 1776, Marie-Louise-Charlotte comtesse de Custine de Mandre, fille de très haut et très puissant seigneur Joseph-Nicolas-Edmond, comte de Custine, ancien capitaine au régiment de Royal-Piémont (cavalerie), seigneur de la baronnie de Mandre, de Chatillon, etc., et de très haute et très puissante dame Suzanne-Madeleine, née comtesse de Butlant. Le marquis de Mayac n'a pas eu d'enfant (2).

    D’Abzac.- Blason : d'argent, à la bande et à la bordure d'azur, chargées de neuf besants en d’or, 3, 3 et 3.

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  • Seigneurs de la Ferrière

    Jean de Chastenet, chevalier, seigneur de la Ferrière, des Fosses, était fils de messire Pierre de Chastenet, écuyer, seigneur de la Ferrière, et de dame Charlotte Dégourdoi, épousa en 1753, demoiselle Marie-Marguerite Lebel des Fosses.

    Messire Jean-François Viénot de Vaublanc, ancien élève de l'école royale et militaire, chevalier des ordres royaux de Saint-Lazare et des Mont-Carmel, capitaine d'infanterie, épousa à Saint-Jean-d’Angély, en 1782, Madeleine de Chastenet, née le 11 janvier 1756, fille de messire Jean de Chastenet et de dame Marie-Marguerite Lebel des Fosses.

    De ce mariage naquirent :

    Charles-Auguste Viénot de Vaublanc, né le 24 août 1785.

    Vincent-Henri Viénot de Vaublanc, né le 8 novembre 1787.

    Charles-Augustin Viénot, de Vaublanc, né le 11 novembre 1790.

    De Vaublanc. – Blason : de gueule au lion grimpant d’or, au chef d'argent accosté de deux grappes de raisin de pourpre.

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  • Seigneurs de la Tanière

    1752, messire Jean-Baptiste Gaspar de la Perrière, chevalier, seigneur des Tanières, Villenouvelle, la Gibertière, la Bechée, Emprevée, le Bouchet, Tesson, Torigné sur le Mignon, et autres lieux et places, ancien mousquetaire de la seconde compagnie de la garde du roi.

    Charles-François de la Perrière, né le 10 mars 1752, fils de messire Jean-Baptiste Gaspar de la Perrière et de Élisabeth Mollens de Vernède(1).

    Blason : d'argent à la face de gueule surmontée de 3 têtes de léopard de même, couronnées d’or et rangées en face.

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  • Curés, vicaires et desservants de la paroisse de Migré, depuis 1607 jusqu'à nos jours.

    1°) Rousseau, curé de 1607 à 1652.

    Détroge, vicaire de 1648 à 1651.

    Lefébure, vicaire de 1651 à 1652.

    2°) Berthem Boday, licencié en théologie, prêtre du diocèse du Mans, curé de Migré de 1652 à 1687, décédé à Migré, le 9 mars 1687, à l’âge de 68 ans, enterré dans l'église de Migré par Charrier, curé de Coivert, en présence de messire André Maviel, curé de Dampierre, et de messire Lambert Suyreau, prieur d’Augé.

    Boyer, vicaire de 1685 à 1687.

    3°) de Beaume, curé de 1687 à 1695.

    4°) Chadenne, curé de 1695 à 1697.

    5°) Morin, curé de 1697 à 1732.

    6°) Michelain, curé de 1732 à 1738.

    Nau, vicaire en 1738.

    7°) Bodin, curé de 1738 et 1745, passa à la cure de Courdeaux, diocèse de La Rochelle, et résigna la cure de Migré à Vaydié, curé de Loulay.

    Daubaret, vicaire en 1745.

    8°) Vaydié, curé de 1745 à 1766, archiprêtre de Saint-Jean-d'Angély, précédemment curé de Loulay, décédé à Migré, le 29 août 1766, à l'âge de 66 ans.

    Coudray, vicaire en 1766.

    9°) Claveau, curé de 1766 à 1769, passa ensuite à la cure de Coulon.

    10°) Guillard, curé de 1769 à 1793, décédé à Migré, le 7 thermidor an IX. Né à Avranches (Manche).

    Cosson, vicaire en 1781.

    Trochon, vicaire de 1789 à 1792.

    Cousineau, vicaire de 1792 à 1793.

    11°) Dupuy (Isaac), curé de 1803 au mois d'août 1834, décédé à Migré, le 18 juin 1835, à l'âge de 76 ans.

    Du mois d’août 1834 jusqu'à 1836, la paroisse de Migré fut desservie par Monsieur Chemin, curé de Bernay.

    De 1836 à mai 1841, elle le fut par Monsieur Mestadier, curé de Courant, actuellement curé de Migré.

    12°) Chardavoine, curé du mois de mai 1841 jusqu'en octobre 1842, passa à la cure de Migron, et abjura en 1845.

    D'octobre 1842 jusqu'en septembre 1846, la paroisse fut desservie par Monsieur Gibelin, curé de Bernay, le même qui fut plus tard curé de Migré, et qui passa ensuite à la cure de Courant.

    13°) Garcin, curé de septembre 1846 jusqu’en novembre 1848, passa à la cure de Villeneuve-la-Comtesse.

    14°) Masset, curé de novembre 1848 jusqu'en avril 1854, passa à la cure de la Croix-Comtesse.

    15°) Gibelin, curé d'avril 1854 jusqu’en décembre 1861, passa à la cure de Courant.

    16°) Mestadier, curé actuel depuis décembre 1861.

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  •  Maires, depuis l’an II jusqu’à nos jours.

    TIERCE, maire en l’an II.

    BERNARD (Pierre), officier public du 3 mars 1792 jusqu’au 12 thermidor an II (31 juillet 1794), décédé à Saint-Pardoul (1).

    BEGUIER (François), officier public en l’an II.

    MARTINEAU, agent municipal et officier public en l’an V.

    DRAHONNET (Pierre), officier public du 17 floréal an VI (27 avril 1798) jusqu’au 17 thermidor an VIII (16 août 1800), maire jusqu’en février 1826, décédé à Migré.

    DOIGNON (Charles), maire de février 1826 jusqu’en septembre 1848.

    MEUNIER (Jean), maire de septembre 1848 jusqu’en 1858.

    MARCHESSEAU (Louis), maire actuel depuis 1858.

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  • Instituteurs.

    BONNET (André) et BONNET (Jean), son fils, de 1680 à 1700.

    MARCHAND, ancien militaire du premier Empire, instituteur jusque vers 1833.

    CHENIN, a commencé vers 1833.

    CHAURE, a succédé à Monsieur Chenin.

    LEMARIE (Eugène), de 1849 à 1857, a succédé à Monsieur Chauré.

    RATEAU (Paul), de 1857 à 1860, actuellement inspecteur primaire à Brive (Corrèze).

    GARDRE (Victor), de 1860 au 17 octobre 1861.

    BARIL (Auguste), instituteur actuel depuis le 17 octobre 1861.

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  • Institutrices.

    Marguerite de CALAIS de FAVEAU de MERILLE (1) et ses deux sœurs, Marie (2) et Mélanie (3). Elles recevaient les enfants des deux sexes.

    Madame GRIFFON, institutrice libre vers 1850.

    Madame BARIL (née Lemarié), institutrice communale depuis 1858.

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  • Notaires.

    ROUSSEAU (Etienne), notaire royal à la Flamancherie en 1678.

    JOUSSELIN (Pierre), notaire et procureur fiscal de la terre et seigneurie de Migré et de la Tanière, mort à Migré en 1681.

    ENARD (Pierre), notaire et procureur fiscal, mort en 1682.

    BONNET, notaire en 1682.

    ENARD, notaire, mort en 1749.

    BONNET (Jacques), notaire et greffier, mort le 10 juin 1760.

    DEBOURDEAU, notaire de 1769 à 1805.

    L’étude fut transportée à Saint-Martin-de-la-Coudre, où elle existe encore, Monsieur Tierce, titulaire.

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  • Chirurgiens.

    CUDORGE (Jacques).

    DRAHONNET (Pierre) (1), a exercé la profession de médecin dans la commune de Migré pendant 40 ans environ.

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  • Percepteurs.

    CHAUVEAU, jusqu’en 1812.

    DRAHONNET (Pierre), de 1812 au 8 juin 1860, fils de Pierre Drahonnet, cité plus haut.

    MOIRANT, du 8 juin 1860 au 10 septembre, même année.

    BRISSON (Eugène) et BOIVEAU, receveurs par intérim du 10 au 28 septembre 1860.

    LABARRE, du 28 septembre 1860 jusqu'à nos jours.

    La perception de Migré comprend 7 communes :

    Bernay.

    Doeuil.

    Saint-Félix.

    Saint-Martin-de-la-Coudre.

    Villeneuve-la-Comtesse.

    Villenouvelle.

    Migré.

    Jours de recette.

    Bernay, le 1er mardi de chaque mois.

    Doeuil, le 1er lundi.

    Saint-Félix, le 1er jeudi.

    Saint-Martin, le 1er mercredi.

    Villeneuve, le 1er et le 3ème vendredis.

    Villenouvelle, le 2ème mardi.

    Migré, tous les autres jours, excepté les jours fériés.

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    7. MŒURS ET COUTUMES

    Les habitants de cette commune sont polis, doux, affables, point vindicatifs ; ils aiment à rendre service et détestent les procès. Les travaux agricoles sont leur principale occupation. Jamais ils ne se livrent à des spéculations hasardeuses de crainte de compromettre leur avoir. Ils ont beaucoup d'ordre et d'économie. Ils sont sobres et tempérants, un homme ivre est une chose rare. Les hommes n'ont pas une instruction très étendue, mais il savent à peu près tous lire et écrire.

    Les femmes s'occupent des soins du ménage et quelquefois aussi des travaux des champs, principalement au moment de la moisson. Elles sont très propres dans leurs ménages et dans leurs habits. C'est à elles qu'incombe le soin de l'éducation des enfants ; les hommes étant appelés hors de la maison par la nature même de leurs occupations.

    Parmi les femmes d'un certain âge, il y en a qui ne savent écrire ; les jeunes filles, au contraire, ont de tout temps reçu un peu d'instruction.

    Les enfants vont en classe pendant les mois d'hiver, mais pendant l'été, un petit nombre seulement fréquentent les écoles. Les parents les retirent pour les travaux des champs, et peut-être aussi pour avoir moins de rétribution scolaire à payer. Car, soit dit en passant, la question d'argent, dans cette contrée, est le plus grand obstacle au développement de l'instruction. Une loi qui rendrait l'instruction primaire gratuite serait bien accueillie ici, et rendrait de véritables services.

     

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  • Vêtements

    La plupart des habitants, et surtout les vieillards, s'habillent d'étoffes fabriquées dans le pays, avec la laine de leurs brebis. On achète aussi des draps fins pour les plus beaux habits. Quant à la forme, elle varie beaucoup. Les jeunes gens portent le paletot, la redingote ou l'habit, ce dernier très rarement ; les vieillards portent la veste. La blouse est un vêtement de travail qui est, pour ainsi dire, porté par tout le monde. Pour coiffure, on porte la casquette, le chapeau de fantaisie en feutre et le chapeau de paille, mais rarement le chapeau de soie à haute forme.

    Les femmes portent la coiffe, montée d'une manière assez gracieuse et garnie de rubans de prix. Elles ont généralement plus de recherche dans leurs habits, tant pour la forme que pour la nature des étoffes. Elles portent aussi quelques bijoux, tels que bracelets, pendants d'oreilles, épingle d'or et tours d'or, chacun selon sa fortune. Quant au linge de table et de corps, il est généralement fabriqué avec le lin et le chanvre récoltés dans le pays. On porte cependant la chemise de coton repassée, mais seulement le dimanche et les jours de fêtes.

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  • Mariages

    Les mariages sont généralement accompagnés de festins et de grandes réjouissances ; plus les mariés sont riches, plus il y a de conviés. La fête dure deux jours entiers. Il y a quelquefois deux ou trois musiciens. S'il y a plusieurs enfants, et que l'un des frères ou sœurs se marie avant l'aîné, on monte ce dernier dans une charrette et on le promène dans les rues. On fait aussi traîner le balai aux parents qui marient leur dernier enfant. C'est-à-dire qu'on achète un ou deux balais neufs, avec lesquels le père et la mère du marié ou de la mariée arrosent les gens de la noce, avec l'eau la plus sale et la plus bourbeuse qu'ils peuvent trouver. Ces deux coutumes commencent à disparaître, et ce n'est pas un mal, caril est arrivé quelquefois des accidents graves, causés par ces sortes de jeux.

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  • Baptêmes

    Lorsqu'un enfant est né on le fait baptiser le plus tôt possible. Le jour du baptême étant fixé, le parrain et la marraine se rendent chez les parents de l'enfant. Le parrain a eu soin de se munir d'un bouquet, garni de rubans, dont il fait cadeau à la marraine. On se rend ensuite à l'église. La cérémonie terminée, le parrain et la marraine sonnent la cloche pour empêcher que l'enfant ne soit sourd, et on se rend ensuite dîner chez les parents de l'enfant, afin qu'il lui pousse des dents. Le parrain s'est pourvu d'une certaine quantité de dragées, dont une grande partie est réservée pour la marraine, et le reste distribué aux assistants.

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  • Frairie

    Migré a aussi son assemblée, qui a lieu le dimanche qui suit le 11 juillet. C'est une fête pour les habitants, qui reçoivent ce jour là leurs parents et leurs amis. La fête dure deux jours, pendant lesquels il y a bal. Sur le champ de l'assemblée sont installés les cafés, les loteries et les jeux de toutes sortes.

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    8. SUPERSTITIONS - PREJUGES

  • Quoique les superstitions commencent à disparaître à Migré, les erreurs et les préjugés n'y sont pas encore rares. À ce sujet, nous pourrions raconter plusieurs anecdotes. En voici une qui vient de se passer dernièrement (le 24 avril 1865). Un jeune homme du bourg, le sieur M…, ayant égaré un instrument de labourage, crut l'avoir laissé au bureau de tabac, où il allait assez fréquemment. Avant d'aller le réclamer, sa mère et une de ses voisines crurent prudent de faire tourner le tamis. Cette opération consiste à placer un tamis entre deux pointes de fer, par ses côtés et bien en équilibre, de manière qu'il puisse tourner facilement. Après cela, la personne intéressée dit : " J'ai perdu, ou on m'a volé, telle ou telle chose. Je soupçonne qu'elle est chez telle ou telle personne (on désigne ici le nom de la personne soupçonnée). Saint Pierre dit oui, saint Paul dit non." On réitère cette opération trois ou quatre fois de suite. Si le tamis tourne toutes les fois, c'est une preuve certaine que l'objet et chez la personne soupçonnée. L'opération terminée, les deux voisines restèrent convaincu que l'instrument était resté au bureau de tabac, et la mère du jeune homme va le réclamer. On lui dit qu'on ne l'avait pas vu. La bonne femme s'en retourna, persuadée qu'on voulait pas lui rendre l'objet réclamé. Il en serait peut-être résulté quelque chose de fâcheux si, au même instant, la femme du barbier du jeune homme n'eût remis à la bonne femme le malencontreux instrument. Le sieur M… l'avait laissé par oubli en allant se faire raser.

    On croit aussi beaucoup au talent des somnambules de Niort. On va souvent les consulter, soit pour des maladies ou des vols commis.

    Les histoires de revenants de manquent pas non plus. On raconte qu'il y a une vingtaine d'années on voyait, presque tous les soirs, au village de la Flamancherie, vers Sautreau et dans la commune de Saint-Martin, une lumière qu'on ne pouvait jamais approcher ; et si l'on cherchait à l'entourer, elle disparaissait tout à coup. C'était, disait-on, un revenant.

    Migré a aussi ses sorciers et ses devins. On en compte plusieurs, parmi lesquels figure le nommé Magneron qui vivait, il y a une soixantaine d'années, au petit village des Chaumes. Il s'était acquis, comme guérisseur, une grande renommée, et sa popularité s'étendait très loin. Il était d'une grande affabilité. Chez lui on trouvait toujours table ouverte, dans le but sans doute d'augmenter la crédulité de ses clients à son égard, car quand ceux-ci arrivaient pour le chercher ou pour le consulter, il leur disait sans même leur laisser le temps de s'expliquer (1) :"Mes amis, y savai qu'ou deviez veni, o lé prequoué y é fait mettre la tablle. Allins, venez mangé un mourças, y causerons de voutre affaire apré."

    Il s'occupait principalement du bétail, et pendant l'épizootie qui sévit avec tant de rigueur à la Benâte et ses environs, il fut appelé et rendit, dit-on, de grands services.

    La fleur de fougère qu'il allait cueillir dans les bois voisins, la nuit de la Saint-Jean, à minuit, et que lui seul connaissait ; la verveine, dont il faisait usage dans l'évocation des esprits infernaux ; et une eau à laquelle il attribuait des vertus mystérieuses, mais qui n'était tout simplement que de l'eau naturelle du puits des Chaumes, étaient ses remèdes préférés les plus généralement ordonnés. Il vendait le dernier 27 francs 25 centimes la bouteille : 27 francs pour le liquide et 25 centimes pour le vase.

    Appelé à la Tanière pour guérir des personnes atteintes de maladies nerveuses, et qui selon lui n'étaient que des sorts jetés par quelque sorcier, voici quelles furent ses ordonnances : il fit prendre un pot de terre, n'ayant jamais servi, dans lequel il fit mettre un cœur de bœuf percé d'aiguilles en tous sens, et le fit mettre au feu, en recommandant de le faire bouillir toute la nuit, ne gardé par un homme armé, parce qu'il y avait, disait-il, à redouter la présence de quelques esprits diaboliques. Il termina en leur disant que le cœur du sorcier qui avait jeté le sort fricasserait comme celui qui était dans le pot, et que la première personne qui rentrerait chez eux le lendemain serait l'auteur du crime.

    Magneron est mort aux Chaumes. Après sa mort s'est éteinte la superstition qu'il avait tant propagée dans nos campagnes.

    Un des sorciers les plus célèbres a été le sieur D…, qui était fort redouté, et surtout du sieur M… qui, à son approche, récitait certaine formule composée de paroles baroques mêlées de mots latins. (Nous ne rapporterons pas ici cette formule, parce qu'elle n'a aucun sens). Ces paroles étaient accompagnées de nombreux signes de croix et de ces mots : "Passe ton chemin, D… ; tu n'as plus de pouvoir sur moi, ni sur ma famille, ni sur mon bétail."

    On attribuait à ce sorcier le pouvoir de rendre le bétail malade par un simple attouchement, de faire verser les charrettes et de faire manquer les opérations du teinturier du village, en soufflant par le trou de la serrure.

    Le village de Thouars avait aussi son sorcier, le nommé Dion, qui avait le pouvoir de charmer les serpents, de les prendre en ses mains, de se les mettre autour du cou, en forme de cravate, et même de les mettre entre sa peau et sa chemise.

    Vers 1778, la veille de Noël, le nommé D…, homme superstitieux, était allé à la messe de minuit, pendant son absence, un boeuf, s'étant détaché, monta dans le grenier par un grand escalier en pierres et se promenait lourdement sur le plancher. À son retour de la messe, le sieur D…entendit ce bruit, en fut effrayé et s'écria : "C'est ce drôle de Dion qui a fait venir le diable dans mon plancher. Il se disposait à envoyer chercher le curé de Migré, lorsque son domestique, moins de superstitieux, monta dans le grenier et en fit descendre l'animal.

    Le village des Tanières avait aussi son sorcier, le sieur P…

    Mais l'homme le plus extraordinaire est et le nommé G..., du Moulin-de-Migré, qui croyait avoir le pouvoir de faire dissiper l'orage. Au bruit du tonnerre, il se mettait en campagne, parcourant les chemins, faisant des signes avec la main ou se mettant à genoux. Il criait à ceux qu'il rencontrait : "N'ayez pas peur, mes enfants ; tant que G… aura un pied sur la commune de Migré, l'orage n'y fera aucun mal."

    Migré a encore de nos jours ses toucheurs, ses guérisseurs et ses conjurateurs, qui tous opèrent au moyen de signes symboliques et de paroles mystérieuses.

    1°) Les toucheurs d'humeurs froides (scrofules) qui font faire aux malades des neuvaines. Pour les humeurs simples, le malade doit faire une neuvaine ; pour les nobles ou doubles, il doit en faire deux. En général, pour les riches il faut des doubles, parce que le toucheur y trouve son compte. Pour faire ses neuvaines, le malade et le toucheur doivent être à jeun et l'opération doit se faire avant le lever du soleil. De plus, pour grandes fêtes, il est nécessaire que le malade se fasse toucher. Le malade ne doit jamais manger de têtes d'aucun animal ni d'aucun poisson. Il ne doit pas manger non plus ni viande de bœuf, ni viande de veau.

    Pour avoir le don de guérir les humeurs froides, il faut être le septième enfant du même sexe et né de la même mère. C'est-à-dire qu'entre les naissances de ces sept enfants, il ne doit pas être né d'enfant d'un autre sexe.

    2°) Les toucheurs de vers de taupe (tumeurs furonculeuses).

    3°) Les toucheurs d'estilences (esquinancies).

    Pour opérer, le toucheur presse le bras du malade avec la main, en prononçant certaine formule qu'il appelle une prière, puis le mal disparaît (selon lui), dans un laps de temps plus ou moins long.

    4°) Les conjurateurs du mal de dents.

    5°) Les guérisseurs de brûlures. Ceux-ci opèrent en soufflant sur la plaie et en prononçant certaine formule.

    6°) Les toucheurs d'endarces (dartres).

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  • AUTRES PREJUGES

    Celui qui bêche la terre le Vendredi Saint creuse sa fosse. (C'est-à-dire qu'il mourra dans l'année).

    Pour se guérir des furoncles, il faut passer, à jeun et en chemise, sous une ronce prise en terre par les deux bouts.

    La luzerne et le trèfle semés pendant la nouvelle lune occasionnent la météorisation ou enflure des bestiaux qui en mangent.

    Du côté qu'est le vent le jour des Rameux pendant la messe, il y sera les trois quarts de l'année.

    On prétend que quand les pies font leurs nids plus bas qu'à l'ordinaire, c'est un signe certain de vent.

    Quand on taille la vigne pendant la pleine lune les raisins viennent ronds.

    Quand on sème des choux en vend de galerne (nord-ouest), il vient des ripes (Sinapis arvensis) ou autres crucifères.

    Quand on arrache les arbres en vent de galerne, ils coussonnent. (Ils sont rongés par les verts).

    Quand on greffe les arbres pendant le premier quartier de la lune, ils ne produisent pas de fruits aussi promptement.

    Les haricots semés en vent de galerne viennent borgnes. (Les feuilles séminales et la plante périssent peu de temps après leur naissance.)

    Pour empêcher aux oignons de germer, il faut les arracher le 6 août.

    Pour détruire les chardons d'une vigne, il faut la labourer le 10 août.

    Abondance de senelles (fruits de l'aubépine) annonce abondance de lin pour l'année suivante. Et les ormeaux bien bourgeonnés, abondance de blé.

    Si l'on se blesse en tombant d'un arbre le jour de la Saint-Jean (24 juin), on ne guérit jamais de ses blessures.

    Si l'on entende chanter le coucou à jeun, on sera vouen (sorte d'engourdissement dans tous les membres) toute l'année. - On dit alors que le coucou a-t-attrapé.

    Quand le quiouc (hibou) chante autour des habitations, cela annonce qu'il y a une femme enceinte dans le voisinage.

    Quand il y a un malade dans une maison, et qu'on voit passer une frégeaye (fresaie) tout près, on dit qu'elle vient chercher le malade, et l'on pense que la mort sera prochaine. Aussi, la fresaie est regardée comme un oiseau de mauvais augure.

    Quand une belette traverse le chemin devant vous, c'est encore un signe de malheur.

    Si l'on voit une femme tête nue, on ne fera point de bons marchés de la journée.

    Pour empêcher la mortalité du bétail pendant les épizooties, on place à la porte des écuries, le jour de la Saint-Jean, avant le lever du soleil, une branche de noyer ou de toutes autres plantes dont les feuilles forment croix.

    En se mettant à l'abri pendant l'orage sous un arbre dont les feuilles forment croix, on est préservé de la foudre.

    La comète est un signe de guerre ou autres grands événements.

    Les baptêmes donnent lieu aussi à quelques préjugés.

    Si l'on ne sonne pas la cloche pendant la cérémonie, l'enfant sera sourd, et s'il pleure pendant que le prêtre lui verse l'eau sur la tête, il sera méchant.

    Si l'on fait brûler des balais, on aura des grands vents, des ouragans, des tempêtes.

    En voyage si l'on trouve une épingle dont la pointe est tournée vers soi, c'est un signe de malheur.

    Quand la flamme du foyer pétille plus qu'à l'ordinaire, on aura des grands vents.

    Quand les chats toussent, c'est un signe d'eau, et quand ils tournent le dos au feu, c'est un signe de froid.

    Si l'on fait couper les cheveux dans le mois de mars, on aura des maux de tête toute l'année.

    A la première hirondelle qui paraît au printemps, les garçons à marier n'ont qu'à regarder sous leurs souliers, ils trouveront un cheveu, et ce cheveu sera de la même couleur que ceux de la femme qu'ils épouseront.

    Quand une poule chante le coq, c'est un signe de malheur, on la tue et on la mange. Autrefois, on ne la mangeait pas, mais on s'en débarrassait de quelque manière que ce fût. Un curé de Migré, voulant tancer ses paroissiens sur cette croyance absurde, s'écria du haut de la chaire : "Mes paroissiens, quand vous aurez une poule qui chantera le coq, apportez-la-moi, je la passerai par mon pot."

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  •   DICTONS POPULAIRES

    A la Notre-Dame de septembre, chandelier en chambre. (Les veillées vont commencer.)

    O toune en mars, o faut foncer tiubes (cuves) et tounnas (tonneaux). (Il y aura beaucoup de vin.)

    O toune en avril, o faut foncer tiubes et barils (même signification que le précédent).

    O toune en mai, o faut jeter les tiubes sur les fumiers. (Signifie qu'il n'y aura pas de vin.)

    Quand o mouille en mars, les blés périssent des trois quarts.

    Quand le soulail (soleil) paraît le matin de la Chandeleur, o brûle la sole des prés. (C'est-à-dire qu'il n'y aura pas de fourrages.)

    Quand o mouille sur le ramias (rameau), o mouille sur le quientas. (Tas de cinq gerbes.)

    Pâques fagniou, la Saint-Jean frementou. (S'il y a de la boue à Pâques, il y aura beaucoup de blé.)

    Quand o mouille le jour du Mardi-Gras, o mouille dans les cruons (cruches). (Cela veut dire qu'il viendra beaucoup de noix, et qu'on aura de l'huile pour remplir les cruches.)

    Autant de brumes en mars, autant de gelées en mai, et à la même date.

    Autant de jours les rainettes (grenouilles) chantent avant la Notre-Dame de mars, autant de jours elles sont après sans chanter. (Cela veut dire qu'il y aura autant de jours de froid, après la Notre-Dame de mars, qu'il y en aura de beaux auparavant, à dater de celui que les rainettes auront chanté.)

    A la Saint-Vincent, faut que le temps soit clair et luisant. (Qu'il n'y ait pas de nuage au ciel.)

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  •   D'AUTRES DISENT

    La Saint-Vincent clair et beau, plus de vin que d'eau.

    Petit bois, grande vinée. (Abondante récolte de vin quand les sarments de vignes sont courts, petits et sains.)

    A la Notre-Dame de mars, le chandelier à bas. (Cela veut dire que les veillées sont passées.)

    A la Sainte-Luce, les jours ont allongé d'un pas de russe (rouge-gorge).

    A Nau (Noël), les jours ont allongé d'un pas de jeau (coq).

    A la Chandelour (Chandeleur), les jours ont allongé le temps que le pain est dans le four (2heures).

    Quand l'arc-en-ciel pèche au matin, il ne faut pas se détourner de son chemin. (Il ne pleuvra pas.)

    Quand il pèche au ser (soir), il est temps de se retirer. (il pleuvra.)

    Araignée du soir, bon espoir.

    Araignée du matin, signe de chagrin.

    A la Saint-Georges, l'épi est dans l'orge.

    Quand on voit un homme se promener les mains derrière le dos, il a du blé à vendre.

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    II. SCIENCES

    La commune de Migré, sous le rapport de l'histoire naturelle, est mieux partagée, relativement à son étendue, que plusieurs de ses voisines.

    Son sol, exclusivement calcaire, est assez accidenté, et ses collines, comme ses vallées, sont riches en productions diverses.

    Envisagée au point de vue scientifique, elle est remarquable à plus d'un titre, et, sans entrer dans les détails d'un catalogue aride, nous allons essayer de donner une esquisse rapide de ses principaux produits :

    Le terrain jurassique, le seul auquel on puisse rapporter le sol, s'y divise en deux étages : le corallien et le kimméridgien.

    L'étage corallien, moins apparent qu'à la Chaussée de Marsais, Saint-Séverin et Dampierre-sur-Boutonne, occupe la partie nord de la commune, près de la Ville au Moine. Son importance, au point de vue géologique est de peu de valeur, les moellons y sont rares et ont été, formés de polypiers.

    Le sol est léger, composé de petites groies et occupé, en général, par des bois longs à pousser et des vignes donnant du vin dont la qualité dépasse de beaucoup la quantité. Les céréales y rapportent peu.

    L'étage kimméridgien, qui occupe la plus grande partie de la commune, est très varié ; son sous-sol inférieur est composé d'argiles schistoïdes bleuâtres avec Ostrea virgula et encrines variées. Au-dessus des argiles et sur plusieurs points, on rencontre des couches de pierres qu'on utilise pour divers usages.

    Près du bois de Coupe-Gorge, on extrait un moellon sableux, compact, roussâtre, se divisant en strates régulières propres au dallage des fours et au pavage des routes ; on l'appelle pierre chauffante.

    Entre la Tanière et Migré, on exploite un banc de pierres à bâtir dont la puissance varie entre 5 à 7 mètres. Les moellons en sont beaux et non gélifs, leur grain est assez joli, quoique pas très fin.

    On rencontre dans ces banc une grande quantité d'ammonites, de nautiles, de trigonies, de polypiers, de ptérocères, de pholadomies, de térébratules, de dents de poissons et surtout l'Ostrea virgula mêlés à d'autres fossiles.

    Le sol de ce terrain est très varié et peut être divisé en alluvions fluviatiles, en varennes fortes, varennes légères, groies, terrains argileux, terrains sablonneux, argiles et sables.

    Les argiles sont utilisés pour paver les appartements des maisons peu fortunées, les celliers et les aires à battre. Le sable, qui se divise en sable gras et en sable maigre, est excellent pour bâtir et crépir.

    La culture y est aussi variée que les terrains ; les grains, les foins, les vins et les bois y sont cultivés avec succès.

    La flore locale, favorisée par la douceur du climat et par la variété des terrains, est assez riche, elle comprend environ 600 espèces de plantes phanérogames et un nombre indéterminé de cryptogames. Les bois, composés presque essentiellement de diverses espèces de chênes, nourrissent entre autres plantes rares :

    Acer monspessullanum, Cytisus supinus, Coronilla minima, Lathyrus latifolius, Orobus niger, Peucedanum Cervaria ; Cornus mas, Melampyrum cristalum, Odontites lutea, Orchis pyramidalis, Ophrys arachnites, Limodorum arbortivum, Epipaetis ensifolia et rubra, Astragalus purpureus et monspessulanus, etc.

    Sur les terrains calcaires, on peut recueillir, ça et là :

    Thalictrum minus, Adonis autumnalis et flammea, nigella damascena, Delphinium consolida et cardiopetalum, Diplotaxis viminea, Neslia paniculata, Iberis amara, Coronilla Scorpioïdes, Turgenia latifolia, Bifora testiculata, Seseli Libanotis, Crucianella augustifolia, Inula montana, Circium acaule, Carduncellus mitissimus, Catananche coerulea, Lactuca perennis, Crepis setosa et pulchra, Chlora perfoliata, Physalis Alkekengi, Salvia Sclarea Galeopsis ladanum, Stachis alpina, Ajuga chamoephitis, Teucrium Botrys, Polygunum Bellardi, Passerina annua, Orchis hircina, Echinaria capitatata, Malva canabina, Sedum fabaria, Biscutella loevigata, Linum corymbulosum, Egilops ovata, Saponaria vaccaria, Onomis natrix, Spirea filipendula, etc., etc.

    Les prés et les ruisseaux sont ornés d'une foule d'orchidées, d'ombellifères, de composées et de graminées qu'il serait trop long de nommer, citons seulement en passant l'Inula helenium, qui entoure le moulin à eau de Sautreau, et le Thypha latifolia qui, mêlé au Nuphar luteum et à l'Iris pseudo-acorus, orne les douves du château de Migré. N'oublions pas non plus Ophioglossum vulgatum, Frutillaria melagris, Inula salicinum, Galium boreale, Orobus albus et le dangereux Colchicum autumnale, qui tapissent le marais de Migré.

    La faune entomologique, qui est aussi variée que la botanique, est moins connue. Peu d'études spéciales ont été faites sur place. Nous avons cependant dans nos promenades observé de beaux lépidoptères, parmi lesquels nous devons citer, comme rares : l'Antiope, le Paon de jour, le Mars changeant, le Corydon et la Feuille morte.

    Nous pourrions aussi citer de jolies cicindèles parfumées aux élictres d'émeraudes et de pourpres, des carabes voraces, comme les colossum aux couleurs métalliques, sans oublier le fourmi-lion, les agrions légers et les libellules aux ailes de saphir, mais dans la crainte de nous tromper, nous remettons à plus tard les détails que nous pouvons acquérir, par l'étude d'une science qui a jusqu'ici charmé les courts instants que nous avons pu lui consacrer.

    L'ornithologie de la commune de Migré ne diffère en rien de celle qui est particulière à l'arrondissement. Nous renvoyons les personnes qui désireraient des renseignements sur ce point, à l'ouvrage que, Monsieur le Docteur Savatier, de Beauvais, va publier prochainement. Il en est de même de la classe des mollusques et de celle des reptiles.

    Les quadrupèdes à l'état sauvage y sont fort rares si l'on en excepte les rongeurs, qui pourraient être classés comme certains parasites passés à l'état de domesticité, les musaraignes et la fouine, dont on doit redouter les larcins. Le lièvre y est peu commun, au grand désespoir des chasseurs. Le renard et le blaireau habitent encore les terriers du Bois de la Fourche. Ce dernier a été longtemps chassé pour sa peau, et certains braconniers ont gagné quelques bonnes fluxions de poitrines à l'attendre au pied d'un arbre pendant des heures entières au milieu de la nuit. On n'y voit que quelques loups altérés qui, pendant les nuis d'été et à de rares intervalles, viennent boire aux fontaines ; la loutre se permet de temps en temps des descentes dévastatrices dans le vivier du château de Migré et dans les réservoirs du meunier du moulin.

    Puisque nous en sommes au moulin, nous devons parler encore du brochet, le seul poisson qui partage avec l'anguille et les vérons, les eaux limpides qu égayent nos vallons.

    Nous dirons aussi que l'écrevisse, cet excellent crustacé, est excessivement rare, et que la Trésence n'en nourrit que quelques-uns auprès de la Flamancherie.

    Nous terminerons par un aperçu statistique sur la vie de l'homme, le roi de la nature.

    La vie moyenne dans la commune, calculée sur les vingt années comprises entre le 1er janvier 1845 et le 31 décembre 1864, donne 48 ans pour terme moyen. Ce chiffre est très respectable, si on le compare à celui de certaines localités.

    Il est né pendant cette période 124 enfants du sexe masculin et 127 du sexe féminin ; il est mort 125 personnes du sexe mâle et 126 du sexe féminin ; la balance s'est donc conservée d'une manière régulière. Il s'est opéré en outre 132 mariages, soit 6 ou 7 par année.

    Sur les 251 individus décédés, le neuvième n'a pas atteint l'âge d'un an. D'un an à sept, la mortalité a toujours été en décroissant ; à huit ans, un cinquième des individus étaient décédés ; il n'en est pas mort un seul de 8 à 14 ans. A 30 ans, le tiers ; à 60 ans, la moitié, et à 80 ans, les 8/9ème avaient disparu. Cinq personnes seulement ont dépassé 90 ans.

    Nous souhaitons, chers lecteurs, que vous dépassiez en bonne santé cette dernière période, et nous vous prions d'accueillir avec indulgence les imperfections que vous pourrez trouver dans cette courte et trop peu intéressante notice.

    Mai 1865.

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